Des Images et des mots - Pierre-Alain MOUNIER
          
Des Images et des mots
“La lecture, une porte ouverte sur un monde enchanté.” François Mauriac
" Mon coeur, tremblant des lendemains, est comme un oiseau dans tes mains qui s’effarouche et qui frissonne.... " Albert Samain
Ô toi humain qui juge hâtivement. Ne vois tu point le mal que tu fais à ton frère ou à ta soeur lorsque tu les condamnes avec tes propres croyances et les enfermes dans une case dans laquelle ils n’ont jamais demandé d’entrer ? Lorsqu’avec tes propres croyances et limitations, tu les tues du regard ou de tes mots, quand tu cherches à les rabaisser pour t’éviter l’inconfort de te remettre en question, et t’éviter d’avoir toi, à te regarder en face ? Que vois-tu, lorsque tu regardes un être humain ? Ne vois-tu donc qu’un simple corps de chair, avec deux bras et deux jambes ? Pendant combien de temps encore vas-tu le regarder avec le fusil qui vit dans ton mental, prêt à tirer sur tout ce qui ne correspond pas à tes croyances et tout ce qui diffère de toi ? Quand vas-tu arriver à voir au delà de ce que ton œil peut voir, ton œil si limité par ses conditionnements, son éducation, ses religions, ses croyances, ses peurs ? Quand vas tu enfin comprendre que tu ne pourras jamais voir juste, tant que tu ne regarderas pas avec le cœur, ce cœur qui pourtant fonctionnait quand tu étais enfant ? Tant que tu n’apprendras pas à ressentir au lieu d’analyser et de juger, Tant que tu n’apprendras pas à laisser ton corps et ton cœur te dire si une chose est juste ou non, si elle est belle ou non, sans que ton cerveau « atrophié » de toutes ses programmations n’intervienne, Tant que tu n’auras pas le courage et l’humilité de reconnaître chez l’autre les qualités qui lui reviennent, même si toi même tu n’as pas encore réussi à les développer, au lieu de le descendre lui, pour paraître, toi, plus élevé, Tant que tu ne réussiras pas à regarder ton prochain dans son essence même, au delà des particularités physiques qu’il s’est construites, comme tu devrais aussi être capable de regarder un animal, pour l’âme qu’il est et non ce que sa chair ou sa peau peut te procurer, Tant que tu croiras que ton prochain est séparé de toi, que les animaux que tu manges sont séparés de toi, que les animaux dont tu as pris la peau que tu portes désormais sont séparés de toi, et que tout ce que tu fais n’a pas de conséquences sur toi-même ni sur le reste du Monde, Tant que tu ne seras pas capable de regarder dans les yeux quelqu’un ou un animal et d’y voir son âme, de te connecter à elle, et de ressentir ce qu’elle est, au plus profond de toi, au point d’avoir envie de verser des larmes tellement tu en seras ému, Tant que tu seras incapable de te mettre à la place de quelqu’un d’autre, de ne faire plus qu’un avec lui, au point de ressentir dans tes tripes, ce qu’il vit, Tant que tu te considèreras le centre du Monde, pensant que Ton opinion est plus importante que les autres, que tu es le centre de l’Univers, toi, humain, et pensant que seules les choses que Tu peux concevoir ne peuvent exister, Tant que tu chercheras à ridiculiser ou à moquer ceux qui osent briser tes schémas et la prison dans laquelle tu t’es enfermé, en rejetant leur Art, leur créativité, ou même leur originalité, Tant que tu préfèreras critiquer ceux qui osent se surpasser, plutôt que de te demander pourquoi toi, tu as choisi de ne pas avancer, Tant que tu condamneras toutes les femmes que tu rencontreras, à devoir choisir entre démontrer Intelligence ou Beauté, et que tu condamneras chaque femme exprimant la Beauté à se cacher car tes yeux se sont laissés à croire que Beauté rime avec superficialité, quand tu sais pourtant t’extasier de la perfection d’une fleur ou d’un coucher de soleil, Tant que toi, Ô homme, tu dénigreras l’autre partie de ton essence même, ta polarité féminine qui, sans elle, te rend si primitif et destructeur, Et tant que toi, Ô femme, tu ne cesseras d’encourager les hommes et les femmes de ta société à ne pas te respecter, en acceptant de te pervertir, de te rabaisser, de te renier, de t’oublier, de te sacrifier pour des hommes et des femmes qui ne reconnaissent pas en toi la déesse que tu es, Alors tu ne seras pas un HUMAIN, mon enfant.” Texte de Laura Marie
J'aime ces doux oiseaux... J'aime ces doux oiseaux, qui promènent dans l'air Leur vie et leur amour, et plus prompts que l'éclair, Qui s'envolent ensemble ! J'aime la fleur des champs, que l'on cueille au matin, Et que le soir, au bal, on pose sur son sein Qui d'enivrement tremble ! J'aime les tourbillons des danses, des plaisirs, Les fêtes, la toilette, et les tendres désirs Qui s'éveillent dans l'âme ! J'aime l'ange gardien qui dirige mes pas, Qui me presse la main, et me donne tout bas Pour les maux un dictame ! J'aime du triste saule, au soir muet du jour, La tête chaude encor, pleine d'ombre et d'amour, Qui se penche et qui pense ! J'aime la main de Dieu, laissant sur notre coeur Tomber en souriant cette amoureuse fleur Qu'on nomme l'espérance ! J'aime le doux orchestre, en larmes, gémissant Qui verse sur mon âme un langoureux accent, Une triste harmonie ! J'aime seule écouter le langage des cieux Qui parlent à la terre, et l'emplissent de feux De soleil et de vie. J'aime aux bords de la mer, regardant le ciel bleu, Qui renferme en son sein la puissance de Dieu, M'asseoir toute pensive ! J'aime à suivre parfois en des rêves dorés Mon âme qui va perdre en des flots azurés Sa pensée inactive ! J'aime l'effort secret du coeur, qui doucement S'agite, la pensée au doux tressaillement, Que l'on sent en soi-même ! Mieux que l'arbre, l'oiseau, la fleur qui plaît aux yeux, Le saule tout en pleurs, l'espérance des Cieux... J'aime celui qui m'aime. Jules Verne
Une bougie vous parle
Vous m’avez allumée et vous me regardez, rêveur. Vous êtes peut-être heureux de me voir m’embraser. Chose certaine, je me réjouis qu’on m’allume, car si je ne brûle pas, je demeure là comme les autres, dans une boîte, où je n’ai pas de réelle signification. Ma raison d’être, je l’ai exclusivement lorsque je flambe, car alors j’existe. Le simple fait de gratter une allumette pour enflammer ma mèche avive la pièce, rehausse l’ambiance, transmet un symbole d’espoir. En contrepartie bien sûr, mes heures s’abrègent et bientôt je ne serai plus qu’une pâle lueur. Mais il en est ainsi : ou bien je reste entière, rangée dans une boîte et je ne sais pas vraiment ce que je fais sur terre... ou bien je répands lumière et rêveries et alors je sais pourquoi j’existe. Pour cela, je dois donner quelque chose de moi, me donner moi-même. C’est mieux que d’être éteinte dans une boîte, désespérant de ne pouvoir me consumer pour voir briller les yeux de mes admirateurs et raviver leurs cœurs. Il en est de même pour vous. Ou bien vous vivez pour vous-même, vous ne perdez rien, mais vous n’y gagnez rien non plus, et de plus vous ne savez pas au juste pourquoi vous êtes là... ou bien vous prodiguez lumière et chaleur autour de vous, et alors les gens se réjouissent de votre présence. Vous n’êtes pas ici sur terre sans raison, vous avez un rôle à jouer, mais pour ce, vous devez aussi consentir à donner une partie de vous. N’ayez pas peur si, ce faisant, vous avez l’impression de devenir plus petit; c’est seulement une perception extérieure... Je suis une bougie unique. Lorsque je suis allumée, la lumière et la chaleur que je dégage ne sont pas peut-être pas des plus lumineuses, mais si je m’unis à d’autres bougies, notre clarté irradie de toutes nos flammes et ensemble, notre chaleur grandissante se fait de plus en plus sentir. Il en est de même pour vous. La lumière que vous transmettez n’est peut-être pas particulièrement étincelante, mais ajoutée à celle des autres, la source lumineuse ainsi créée est éclatante. Il survient parfois des pannes de courant à la maison, la noirceur est totale d’un seul coup. Alors, tout le monde pense : « Vite, une bougie! » et l’obscurité est ainsi vaincue grâce à une seule flamme. Il en est de même pour vous. Tout n’est pas idéal en ce monde. Plusieurs se plaignent, certains n’arrêtent pas de se lamenter. N’oubliez pas qu’une seule flamme vaut déjà mieux que l’obscurité. Reprenez courage et n’attendez pas que les autres vous stimulent. Soyez allumé et brûlez de toutes les étincelles de votre âme. Si vous ne saisissez pas vraiment ce que je veux dire, prenez une bougie et allumez-la. Regardez danser sa flamme et vous comprendrez. Source : Petites douceurs pour le coeur, tome 2, 2011, p. 64
J'ai mêlé le feuillage immortel plusieurs fois A cette lyre d'or qui chante des victoires, Car les dieux ont toujours favorisé ma voix, Apollon et les soeurs aux chevelures noires, Et les courantes eaux des Naïades des bois
Le poison
Le vin sait revêtir le plus sordide bouge D'un luxe miraculeux, Et fait surgir plus d'un portique fabuleux Dans l'or de sa vapeur rouge, Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux. L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes, Allonge l'illimité, Approfondit le temps, creuse la volupté, Et de plaisirs noirs et mornes Remplit l'âme au delà de sa capacité. Tout cela ne vaut pas le poison qui découle De tes yeux, de tes yeux verts, Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers... Mes songes viennent en foule Pour se désaltérer à ces gouffres amers. Tout cela ne vaut pas le terrible prodige De ta salive qui mord, Qui plonge dans l'oubli mon âme sans remord, Et, charriant le vertige, La roule défaillante aux rives de la mort ! Charles beaudelaire
"La légèreté de l'esprit et les grâces de la conversation sont un don de la nature ou le fruit d'une éducation commencée au berceau." Honoré de Balzac
Et même si on ne nous laisse qu’une ruelle exigüe à arpenter, au-dessus d’elle, il y aura toujours le ciel tout entier. » Etty HILLESUM, Une vie bouleversée
Mais soudain, elle interrompit sa danse, s'immobilisa, s'accroupit, ouvrit de grands yeux, et ses images avec elle s'accroupirent et se firent attentives Minotaure Friedrich Dürrenmatt
On eût dit un Ange, tant elle était belle ; car son évanouissement n'avait pas ôté les couleurs vives de son teint : ses joues étaient incarnates, et ses lèvres comme du corail ; elle avait seulement les yeux fermés, mais on l'entendait respirer doucement, ce qui faisait voir qu'elle n'était pas morte. LA BELLE AU BOIS DORMANT Charles Perrault
Forêt silencieuse, aimable solitude, Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré ! Dans vos sombres détours, en rêvant égaré, J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude ! Prestiges de mon cœur ! je crois voir s’exhaler Des arbres, des gazons une douce tristesse : Cette onde que j’entends murmure avec mollesse, Et dans le fond des bois semble encor m’appeler. Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière Ici, loin des humains !… Au bruit de ces ruisseaux, Sur un tapis de fleurs, sur l’herbe printanière, Qu’ignoré je sommeille à l’ombre des ormeaux ! Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ; Ces genêts, ornements d’un sauvage réduit, Ce chèvrefeuille atteint d’un vent léger qui fuit, Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles. Forêts, dans vos abris gardez mes vœux offerts ! A quel amant jamais serez-vous aussi chères ? D’autres vous rediront des amours étrangères ; Moi de vos charmes seuls j’entretiens les déserts. François-René de Chateaubriand, Tableaux de la nature
"The body says what words cannot" (Martha Graham)
La Danseuse de Flamenco
Tu vibres danseuse au chantre aux percussions Maîtrise ta peine au rythme de la musique Libère l'osseuse charpente sans concessions Que montent par veines les rites supra-soniques Et tu verras sans voir Sans saisir et transie La portée des écumes Qui façonnent ta vie Tu crèves oisive l'espace d'un flamenco Sans gêne d'ivresse imite les Danaïdes Et berce poussive ta hargne comme un tonneau Te montrant tigresse aux mitres si phalloïdes Et tu verras sans voir Sans saisir et transie Le cornet à paroles Qui affublait ta vie Tu danses et mimes l'appel qui vient du fond Exhortes l'intense et pieuse coulée de vie Qui porte sourire sincère et prend des ponts Qu'emprunte l'immense heureuse mauve agonie Et tu verras sans voir Sans saisir et transie La raison des hommes Pour unique miroir Et mourir en transe par charme des instruments Aux prises des forces aux vices de l'univers S'engouffre ta panse qui arme tes mouvements Tu trouves l'effort facile loin de l'hiver Et tu verras sans voir Sans savoirs et transie Le noyau du non-sens Pour comble de ton existence Tu vibres danseuse andalouse, Et tu verras sans voir Sans saisir et transie Comme tu danses La Vie danse aussi Poème de Frédérique Violette (Frédéric Zarod)
A peine après avoir croqué dans la pomme, sa respiration devient de plus en plus saccadée, et bientôt elle s'effondre sur le sol, la pomme tombant de sa main ... Blanche-Neige et les Sept Nains
Comment une idée sinistre aurait-elle pu poindre parmi tant de gracieuses sensations ? Inondé d’air et de soleil, il me fut impossible de penser à autre chose qu’à la liberté ; l’espérance vint rayonner en moi comme le jour autour de moi ; et, confiant, j’attendis ma sentence comme on attend la délivrance et la vie Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné
L'amour est comme un arbre...il a besoin de racines fortes pour croître et prospérer. Pas une simple passion qui s’essouffle vite, mais un désir profond de vouloir partager et les joies et les peines car l'Amour se mérite. Il faut un tronc solide pour traverser le temps, résister aux orages, aux tempêtes de la vie, sans devoir se briser aux moindres soucis présents ou dès que viennent les rides quand jeunesse s'enfuit
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